La ballade du Codeur
On pense souvent, et à tort, qu’être un codeur, et à plus forte raison, un sexycoder, n’apporte que des avantages. A nous les belles filles, les employeurs, les contrats freelance, les vacances à Hawaii à coder sur Eee PC et la gloire éternelle.
Cela risquerait d’en surprendre plus d’un, mais je n’ai jamais été coder à Hawaii. La couverture wifi est, paraît-il, médiocre.
Sexycoder, c’est avant tout un sacrifice. On pourrait décider d’être chef de projet payé 60k€ par an pour superviser des noobs qui ne connaissent pas la différence entre un quick sort et un merge sort, ou alors pour botter le derrière à des designers webs (forcément gayzors). Mais on ne le fait pas.
De la même manière que le médecin brillant préférera sauver des vies au Rwanda avec Médecins Sans Frontières à une carrière de chirurgien esthétique à Hollywood, le codeur brillant préférera oeuvrer pour son honneur, tel un chevalier du malloc, à aller bosser pour des SSII de merde dont on taira les noms. Si je voulais faire babysitter, je n’aurais pas passé mon brevet les cocos.
Malheureusement, Codeurs Sans Frontières n’existant pas encore, les plus sexy des codeurs sont condamnés à rester dans l’incompréhension, le travail freelance et les projets persos, les levers à 17 heures et les plats de pâtes à 1 heure du matin.
“Et toi, à quoi ça te sert de coder, hein?” m’avait démandé rageusement mon premier amour d’adolescence à qui je reprochais un tabagisme inutile, alors que je découvrais à peine les joies de l’option -pedantic de gcc (oui, le sexycoder ne fume pas- et quand il le fait, c’est juste pour des raisons de compatibilité). Oui, pourquoi je code? La réponse est toute simple.
Frodo: What are we holding on to, Sam?
Sam: There’s some good in this world, Mr. Frodo. And it’s worth coding for.
Je sais pertinemment que je ne serais jamais compris par les foules, que je suis condamné à passer des nuits à la recherche de l’Algorithme avec un grand ‘A’, celui dont on parle à des conférences avec 20 barbus dans la salle, et que ma vie est de complexité O(e^n). Et pourtant, je continue. Alors qu’il n’a jamais été aussi dur d’être un codeur dans ce monde où le développeur “multi-compétences PHP/Java/VB.net” (mais qui ne sait quand même pas la différence entre malloc et calloc) est aussi commun qu’un kebab, je continue.
Et je le fais avec classe.
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